LETTRES A UN AMI


Lettre 2

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Parlons maintenant de choses sérieuses. Dans la Sarthe où je suis, les églises qui m'entourent se déshabillent de leur vêtement blanc intérieur pour nous montrer leurs fresques. Cette apparition m'a fait penser que les chefsd'reuvre sont peu de chose, que le monde a besoin d'un signe, d'un spectacle plus grand que le chef-d'reuvre, un super chef-d' reuvre à la fois astral et millénaire comme on en voit quelquefois un par civilisation, tels la grotte de Lascaux, la Pyramide et la voûte de la Sixtine. Mais autrefois les peuplades et des nations entières concentraient leurs efforts pour créer le super chef-d'reuvre; aujourd'hui le microbe de l'original et du personnel fait ses ravages. Pour créer le super chef-d' reuvre de demain, sera-ce un homme tout seul qui rivalisera avec les peuples de l'histoire? (...)



 








Lettre 12

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Quelque chose me dit qu'on ne devrait montrer sa peinture qu'à des amis et que les /ivres des poètes ne devraient pas sortir d'un cercle d'amoureux. J'appréhende maintenant les regards que l'on posera sur mes travaux; je sais que je ne suis pas prêt, je sais aussi que l'on n'est jamais prêt, mais je sais surtout que, l'on ne doit dire ce qu'on aime qu'à ceux qu'on aime et que le vendre c'est aussi l'étrangler; et Durand compte, bien sûr, vendre de mes tableaux; étrange, je crains cette joie, elle ne m'est pas une joie, la joie coupable qui me rappelle: «Chacun tue ce qu'il aime >. Et je me sens faible en pensant que ce qui est né du secret perd un peu de son sens en en sortant. (...)