LA JONCTION DES PENSEES - CANTIQUE DU DOCTEUR FAUSTUS (extrait)

Une porte qui grince, fermons les yeux: imaginons que c'est la voix d'un être. Une locomotive hurle, un chat miaule, ces êtres parlent... Pas un son qui ne pourrait être entendu comme la parole d'un être invisible. Les portes se plaignent les arbres soupirent; tous les bruits ont une expression.
Une note de musique: c'est la voix d'un être. Une autre note de musique: c'est la voix d'un autre être. Les deux ensemble sont la voix d'un troisième. Un accord une mélodie? que de voix simultanées ou successives! Une fugue, une sonate? ce sont des voix composées elles-mêmes de nombreuses voix. Pourquoi chaque note pour faire une fugue, doit-elle être jointe à une autre? Chacune seule était déjà un tout. Quelle profusion de toutes pour faire une unité!
Les bruits sont la voix des êtres? Mais les êtres qui ont pour voix les bruits n'existent peut-être pas? Les bruits seraient alors des voix seules, des voix qui n'appartiendraient à personne. Les bruits ne seraient pas la voix des êtres mais plutôt des voix sans être: d'où sont les voix qui ne sont pas d'un être?
Parce que la musique possède des plans sonores dont les uns passent devant ou derrière les autres, des plans qui se chevauchent, se rapprochent ou s écartent, la musique possède un espace qui s'écoute. Comme un bruit sort du silence puis se perd dans le silence, la note de musique semble venir de très loin dans l'espace sonore, puis y retourne: l'espace est aux sons une forme du silence d'où viennent des voix qui ne sont pas d'un être... (Les mots, simples sonorités, n'ont plus besoin d'avoir un sens). Lire la suite


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