FAUST DE SON BALCON AU CREPUSCULE (extrait)

(...)
au commencement (...) les mots n'étaient que des bruits, sonorités dénuées de sens: les noms n'étaient pas les noms des choses. « Mot» ne voulait pas dire «mot». «Penser» ne voulait pas dire « penser », mais étaient des sons purs et dénués de pensée. Titania n'était pas Le nom de la reine des fées, mais était le nom de personne; nom qui n'avait pas besoin de se poser sur la figure du conte pour être féerique. Et les fleurs n'avaient besoin de noms pour être des fleurs, et les noms qui n'étaient pas encore le nom des fleurs, pures sonorités, répandaient un parfum que ne donnent pas les fleurs... Mais qu'ai-je dit? Les fleurs n'avaient pas besoin de noms? En mon temps il n'était pas de fleurs.
Le chant du rossignol aurait pu vouloir dire: «matin». La caresse du zéphir aurait pu vouloir dire: «voyage» mais en mon temps qu'était-ce qu'un matin, qu'était-ce qu'un voyage? Les mots étaient-ils des sons purs puisqu'en mon temps il n'était pas un bruit? Qu'était-ce que ces mots qui ne pouvaient rien dire et pouvait-on les prononcer sans bruit?
Les formes des mots ne correspondaient pas à des bruits, les mots ne se prononçaient pas, comment donc s'écrivaient les mots sans bruit? L'écriture était une sorte de forme que la voix ne pouvait prononcer: une forme silencieuse. Mais en mon temps il n'était pas de forme et Titania, nom de personne, n'était même pas une forme silencieuse. (...)


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