TROIS FRAGMENTS (extraits)
(...)
Je vous présente un monsieur qui est moitié moi-même, moitié tout le monde, surtout personne. Ce personnage naquit sous l'augure des tropiques les plus intellectuels. H n'aura ni enfance, ni maturité, ni retour à l'enfance finale. Il est né à vingt ans, comme son frère mythologique. Très peu vingt ans d'ailleurs; qu'est-ce que vingt ans pour un esprit? Et sa santé débile lui occasionnera des éclipses; aussi sera-t-il sujet à des morts et naissances alternatives, quelquefois même précipitées. La qualité de ses instants d'existence sera telle qu'il semble que la nature ait voulu équilibrer chez lui de trop hauts excès de lumière en ne les manifestant que rarement, la part la plus fréquente de sa personne étant réservée à la léthargie. Supposez donc une léthargie intermittente coupée de lumières lyriques et vous aurez une idée de cette figure ténébreuse.
Sa nature était appelée à l'ascension des cimes les plus risquées. Il voulut entreprendre, comme tant d'autres, une aventure en des parages les plus inexplorés; aussi son instinct perspicace lui a-t-il intimé le désir du développement même de son espèce. Que toutefois de mauvais plaisants ne s'attendent pas de voir en lui un nouveau Don Juan, car si son âme, adonisiaque s'il en fut, n'est pas sans ignorer que les rencontres amoureuses sont le thème de fuites sans rivage, il préfère pour parcourir les frontières de ses possibilités intérieures, la compagnie plus inerte, plus dépendante de lui-même, plus intimement expérimentable, plus dangereusement mobile mais plus étroitement circonscriptible de sa personne. Que lui importent ces amours aux fuites sans rivage, fièvres de vagabonds, puisque lui-même ignore les Lire la suite

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